Portraits de Traversants

Portraits de Traversants

Les Traversants ont les cheveux roux, bruns, blonds. Leurs yeux bleu lagon ou noir ébène regardent dans la même direction, défiant la mer, cherchant la ligne d’horizon. Caméra au poing, lentilles contre pupilles, l’artiste Nicolas Clauss, scrute l’âme des marins et nous questionne sur notre propre condition. Au cœur des éléments, du vent, de l’océan, du vacarme sourd et incessant des moteurs, qui sommes nous ? Pour la première fois de sa carrière, l’artiste, vidéaste terrien spécialiste des portraits, a navigué fin 2016 sur un cargo Marfret.

De ses jours et de ses nuits sur le Marfret Guyane, il produit une œuvre audiovisuelle, « Les Traversants », exposée en 2017 au Centre Pompidou lors du Festival « Hors Pistes ».

Le 12 décembre prochain, Nicolas Clauss présentera son film à la communauté portuaire havraise lors d’une soirée en son honneur organisée par Marfret.  « Sa démarche n’a de cesse de questionner, dans une forme d’anthropologie visuelle et chorégraphique, la figure et la condition humaine.  Sa résidence a débuté au sein de l’une de nos agences où il a découvert l’ensemble des métiers portuaires et s’est imprégné de l’atmosphère de son port d’embarquement pour une traversée de dix jours », souligne Raymond Vidil, ardent promoteur de la culture et hôte d’artistes en résidence.

Le Havre, premier port à conteneurs de France avec 2,5 millions d’Evp manipulés par an, constitue le point de départ du film. La partition se joue simultanément sur cinq écrans, chacun présentant des éléments différents.

Au Havre, Marfret opère six services maritimes par semaine vers les Antilles, la Guyane, le Pacifique, les Etats-Unis. Pour autant, ce n’est pas la destination qui intéresse Nicolas Clauss, mais le mouvement incessant du navire. Il capte ses grincements, dissèque l’énorme machine faite de tôles d’acier. Avec sa caméra, il embrasse la graisse, la rouille et joue avec l’écume. Au milieu de milliers de conteneurs empilés réside l’âme humaine. Discrète, sans faire de bruit, elle constitue le vecteur de la mondialisation.

« Il s’agit d’une confrontation entre la dimension gigantesque des flux de marchandises, la mondialisation et l’échelle humaine. La mer est un écrin autour duquel je capte les visages de l’équipage, ces hommes au mode de vie si particulier », décrit Nicolas Clauss.

Il a décliné son œuvre sur papier en éditant « Les Traversants », un livre de photographies, des portraits serrés dans lesquels nous entrevoyons l’artiste.